50e anniversaire du décès d'Einstein - Einstein, Poincaré, Lorentz : à chacun sa relativité
samedi 7 mai 2005,
L'homme a deux choix : ou descendre d'Einstein, ou descendre d'un singe ! Ou cerner des vérités afin d'en brûler les âmes d'un feu éternel, ou simplement s'amuser !
À l'initiative de l'European Physical Society, l'année 2005 a été choisie pour célébrer les sciences physiques dans le monde entier et pour commémorer une grande figure de la physique du XXe siècle : Einstein. En effet, il y a 100 ans paraissaient trois articles importants : sur la relativité, sur les quanta de lumière (les photons), sur le mouvement brownien, tous les trois signés par Einstein.
50e anniversaire du décès d'Einstein - Einstein, Poincaré, Lorentz : à chacun sa relativité
Pierre Leyraud Professeur de physique, Montréal
Les écrits consacrés à la vie et aux travaux ce cette véritable icône de la physique et du XXe siècle se multiplient à l'occasion de cette commémoration et, malheureusement, il faut constater que trop souvent la légende côtoie l'histoire quand elle ne la remplace pas !
Parmi l'ensemble des textes parus à l'occasion du centenaire de la théorie de la relativité restreinte, ceux plus ou moins directement liés à la controverse sur la paternité de cette théorie présentent un intérêt particulier puisqu'ils remettent à jour un débat aussi ancien que la théorie elle-même et, surtout, ils perpétuent des points de vue partisans où les relations entre les personnes ont plus d'importance que les débats d'idées et où la chronologie remplace l'analyse des textes.
Leurs auteurs n'ont pas hésité à leur donner des titres non équivoques : Comment le jeune et ambitieux Einstein s'est approprié la relativité restreinte de Poincaré, de J. Hladik et La Relativité, Poincaré et Einstein, Planck, Hilbert. Histoire véridique de la théorie de la relativité, de J. Leveugle et, toujours en 2004, le Nouvel Observateur a publié un article intitulé « Einstein plagiaire ? ».
Ces textes, d'intérêts très inégaux, ont en commun deux caractéristiques : ils interprètent indûment les textes qu'ils mentionnent et leurs conclusions sont sous-tendues par une conception étroite et restrictive de ce qu'est une théorie physique. Tout cela ne fait qu'entretenir un faux débat dommageable pour la compréhension de la théorie de la relativité elle-même.
Conjectures
Cependant, à la décharge des inconditionnels de Poincaré et de ceux qui s'interrogent sur le rôle fondateur d'Einstein, il faut reconnaître que les circonstances particulières entourant la publication de l'article d'Einstein du 30 juin 1905, « Sur l'électrodynamique des corps en mouvement », et la question de la connaissance qu'Einstein avait — ou n'avait pas — des écrits de Poincaré et de Lorentz d'avant 1905 sont propices à de nombreuses conjectures.
En effet, le célèbre manuscrit de 1905 ayant été détruit, la question de la cosignature de ce texte par Mileva Maric, alors compagne d'Einstein et brillante scientifique, reste suspendue à la crédibilité du témoignage indirect du physicien russe Joffe qui a reçu ce texte pour publication dans les Annalen der Physic.
D'autre part, le fait que, dans ce manuscrit, il n'y a pas de références aux travaux de Lorenz et de Poincaré, est en effet surprenant compte tenu de l'antériorité indiscutable de ces deux scientifiques sur des questions abordées dans ce manuscrit. Là aussi, on fait des conjectures. Nous savons qu'Einstein avait lu La Science et l'Hypothèse de Poincaré (1902) et des textes de Lorentz de 1895. Nous pensons aussi qu'il avait lu le mémoire de Lorentz, Phénomènes électromagnétiques dans un système qui se déplace à une vitesse quelconque inférieure à celle de la lumière (1904).
Mais avait-il eu connaissance de l'article du 5 juin 1905 de Poincaré, « Sur la dynamique de l'électron » avant de rédiger son célèbre mémoire ? En 1905, Einstein ne faisait pas partie du milieu universitaire, mais, par son travail au bureau des brevets à Berne, il était amené à lire beaucoup de publications, notamment pour en faire des comptes rendus.
D'un autre côté, même si Poincaré n'était pas homme à se mettre sur le devant de la scène, on se demande encore pourquoi la communication à l'Académie des sciences de Paris du 5 juin 1905, « Sur la dynamique de l'électron », reçue en juillet 1905, n'a finalement été publiée qu'en janvier 1906 dans le Circolo matematico di Palermo, revue scientifique de second ordre alors que sa renommée lui autorisait plus de visibilité ?
Le Devoir.com